Mal aux dents quand vous mangez froid ? Les scientifiques savent désormais pourquoi

L’origine de la sensibilité dentaire au froid enfin élucidée. Shutterstock / Mygate

L’émail qui constitue la couche externe des dents en fait les structures les plus dures du corps humain. Pourtant, alors même qu’elles sont capables de broyer le nougat le plus dur sans que nous ressentions la moindre douleur, il n’en va pas de même avec le froid : certains d’entre nous peuvent grimacer de douleur en dégustant une simple glace.

Les mécanismes à l’origine de cette douleur, qui n’est pas soulagée par les analgésiques classiques, ont été récemment identifiés. Quels sont-ils ?

Quelle est la partie des dents qui détecte le froid ?

Les dents sont constituées de différents tissus. Leur partie visible, la couronne, est constituée d’émail. Principalement constitué d’hydroxyapatite, il s’agit du tissu le plus dur et le plus résistant du corps humain. Il est cependant incapable de se régénérer.

Sous l’émail se trouve la dentine, également très résistance (elle est constituée de 70 % de cristaux d’hydroxyapatite). Sillonnée par des microtubules qui aident à amortir les forces qui affectent la couronne, la dentine forme aussi la racine de la dent, invisible, car située à l’intérieur de la gencive. C’est la partie qui fixe la dent à l’os, par le biais du ligament parodontal.

La dentine entoure la partie la plus tendre et la plus délicate de la dent : la pulpe dentaire, qui abrite les terminaisons nerveuses et les vaisseaux sanguins.

À la frontière entre la dentine et la pulpe, en contact intime avec des neurones sensoriels, se trouvent les odontoblastes, des cellules responsables de la régénération de la dentine, laquelle se produit tout au long de la vie.

Structure de la dent avec ses différentes couches. Dans l’encadré agrandi est montré l’emplacement des odontoblastes, situés au contact des terminaisons des neurones sensoriels.
Carolina Roza, Author provided

Quand survient l’hypersensibilité dentaire

La structure des dents et des tissus qui les forment leur confère la capacité de couper, de broyer et de mâcher. Les problèmes surviennent lorsque leur intégrité est endommagée en raison, par exemple, de la présence de caries, d’une maladie inflammatoire des gencives (ou parodontite) voire, simplement, de la récession gingivale, autrement dit le retrait des gencives, due au passage du temps.

Dans de telles situations, la pulpe dentaire se retrouve exposée, ainsi que les nerfs qu’elle contient. Certains stimuli tels que le froid peuvent alors causer des douleurs très intenses, comme autant de décharges électriques.

Ce type de douleurs est relativement courant : 25 à 30 % de la population adulte en souffre tout au long de son existence. Jusqu’à présent, les traitements analgésiques habituels n’étaient pas efficaces pour prendre en charge ces douleurs dont on ne connaissait pas l’origine.

Comment notre corps réagit-il au froid ?

Certains des neurones sensoriels situés à la surface de notre corps ont la capacité de déclencher des sensations douloureuses en réponse à certains stimuli. Appelés « nocicepteurs », ces neurones possèdent des protéines spécifiques qui leur permettent de détecter et de réagir à différents phénomènes physiques.

Les premières protéines capables de détecter le froid ont été décrites au milieu des années 2000. On sait désormais qu’elles appartiennent à la famille des canaux TRP (de l’anglais « Transient Receptor Potential »). (ndlr : en réponse à un stimulus, ces protéines qui traversent la membrane des cellules « s’ouvrent », laissant passer certains composés, comme des ions calcium).

La perception des sensations de froid au niveau de la peau est ainsi principalement médiée par les récepteurs TRPM8 et TRPA1. TRPM8 est le récepteur auquel on doit la sensation de fraîcheur ressentie lors de la consommation d’un chewing-gum à la menthe, par exemple. TRPA1 est quant à lui activé lorsque la température est très basse, risquant de causer des dommages aux tissus.

Comment les dents détectent-elles le froid ?

Si les travaux sur les récepteurs cutanés du froid remontent à plus de vingt ans, les mécanismes impliqués dans cette perception au niveau dentaire n’ont en revanche été identifiés que récemment. Dans ce dernier cas, les protéines les plus importantes pour détecter les basses températures sont TRPC5 et TRPA1.

Une étude récente publiée dans la revue Science Advances (à laquelle les auteurs de cet article ont participé) a démontré que le blocage spécifique de ces canaux chez la souris inhibait les réponses au froid provenant des dents. En outre, des souris dont la protéine TRPC5 a été supprimée se sont également avérées incapables de détecter le contact du froid sur leurs dents.

Il a aussi été montré que les récepteurs TRPC5 étaient davantage exprimés dans des échantillons de tissus dentaires provenant de patients souffrant d’infections ou d’inflammation des dents. Ce résultant pourrait expliquer en partie pourquoi ces personnes présentent une sensibilité accrue au froid.

Par ailleurs, il est intéressant de souligner que l’huile de clou de girofle, utilisée dans l’Antiquité comme remède maison pour lutter contre les maux de dents, agit en empêchant l’ouverture des canaux TRPC5.

Un pas de plus vers le soulagement des douleurs dentaires

Lorsque les molécules impliquées dans la perception du froid au niveau dentaire s’ouvrent en réponse à une basse température, on constate qu’elles demeurent plus longtemps dans cet état que les autres canaux TRP. Cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi la sensation de douleur semble durer plus longtemps au niveau dentaire, se maintenant après l’arrêt du stimulus.

On pensait jusqu’à présent que ces molécules exerçaient leur fonction de par leur localisation au niveau des nerfs. Cependant, il a été démontré que dans les dents, ces canaux ne sont pas situés sur les nerfs, mais à la surface des odontoblastes.

Ces cellules impliquées dans la fabrication de la dentine jouent donc non seulement un rôle structurel, mais sont aussi essentielles dans les processus de transduction sensoriels, autrement dit les processus par lesquels des stimuli externes sont transformés en signaux électriques, lesquels sont transmis au cerveau qui les interprète.

Maintenant que ces mécanismes ont été élucidés, la prochaine étape est de tester divers composés chimiques afin d’identifier ceux qui pourraient être capables de moduler l’ouverture des canaux TRPC5. En fonction de leur potentiel thérapeutique, de tels composés pourraient à terme être intégrés à l’arsenal utilisé par les cliniciens pour prendre en charge ce type de douleurs dentaires.

Laura Bernal, docteur de l’Université d’Alcalá de Henares et autrice de l’étude publiée dans Science Advances, a collaboré à la préparation de cet article.

Carolina Roza reçoit des fonds du MINECO et de l’UAH dans le cadre d’appels d’offres publics pour financer ses recherches.

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