Paludisme: au Venezuela, le retour du “cavalier de l’apocalypse”

“Il y a des gens qui ont eu le paludisme 15 ou 20 fois”, assure Leonardo Vargas, membre du conseil municipal de Los Montones, petite ville poussiéreuse dans le nord-est du Venezuela où la maladie fait à nouveau des ravages, 60 ans après son éradication officielle en 1961.Luz Martinez, 30 ans, a accouché d’un bébé prématuré à 7 mois. Les complications sont probablement dues en partie au paludisme, dit la jeune femme depuis le patio de sa maison, dans cette bourgade située dans la banlieue de Barcelona, la capitale de l’Etat de Anzoategui.Elle a déjà eu des crises de paludisme à trois reprises, mais ne fait plus attention aux nuées de moustiques qui enveloppent à la tombée de la nuit sa modeste maison au sol en terre battue.”Ma fille de 12 ans l’a eu et mon autre fils aussi. Ici, le paludisme est très présent”, dit-elle. En “sous-estimant” l’enjeu et en “abandonnant” la plupart des programmes anti-paludisme il y a 20 ans, l’Etat a “permis le retour d’un des cavaliers de l’apocalypse de la santé au Venezuela”, dénonce l’ancien ministre de la Santé, José Félix Oletta (1997-1999). Cantonné aux zones de forêt depuis le début du siècle, le paludisme, qui se transmet par le moustique anophèle, est passé de “la jungle à la ville” en une décennie, explique-t-il. Le Venezuela avait pourtant été le premier pays sud-américain à éradiquer complètement la maladie en 1961. Il concentre aujourd’hui 73% des décès des suites de paludisme de la région, selon une synthèse de la Société vénézuélienne de santé publique à partir des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé.- Aux portes de Caracas -Selon l’OMS, qui a instauré une journée mondiale du paludisme le 25 avril, il y a eu 229 millions cas en 2019 dans le monde pour 409.000 décès, principalement en Afrique.Le Venezuela est désormais le pays le plus affecté d’Amérique du sud, avec un nombre de cas plus élevé (plus de 400.000) que ceux du Brésil, du Pérou et de la Colombie réunis. En 2019, il y avait 400 foyers actifs dans 17 des 24 Etats du pays. Le paludisme serait déjà aux portes de Caracas, selon l’ancien ministre.”La situation est encore plus compliquée en raison de la pandémie (de Covid-19) qui aspire tous les fonds”, dit-il, soulignant qu’en plus de mobiliser toutes les ressources financières et humaines, le coronavirus a réduit les déplacements et la capacité de diagnostiquer. A Los Montones, on craint plus le paludisme que le Covid. “Le paludisme est très présent. Beaucoup de gens en souffrent, des enfants ont été touchés alors que le Covid il y a peu de cas pour le moment”, explique le conseiller municipal Leonardo Vargas. “Tout autour, on a des lacs, une rivière et plusieurs petits ravins où les moustiques se multiplient”. Pour lutter contre le fléau, l’ONG Médecins sans Frontières, en coordination avec le ministère de la Santé, mène dans l’Etat de Anzoategui des opérations comme à Los Montones.”On passe de maison en maison. On cherche des cas de paludisme, on distribue des moustiquaires, on procède à des fumigations (pour tuer les moustiques)”, explique Gustavo Liscano, 27 ans, chef d’une équipe de MSF qui travaille dans l’Etat.Huit équipes sillonnent la bourgade, procédant notamment à des tests sanguins rapides (une goutte de sang pris sur l’index). La distribution de moustiquaires a fait reculer massivement le nombre de cas, selon l’ONG. Une autre mère de famille, Luz Misel, se réjouit d’avoir sa moustiquaire : “il y a un an, j’ai eu le paludisme. C’était horrible, j’avais de la fièvre, mal à la tête, je tremblais”, explique-t-elle, soulagée pour son bébé qui se réveillait auparavant avec plein de “rougeurs des piqures”

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